Cemil Tugay, maire d’Izmir élu sous les couleurs du CHP en 2024, a rejoint mercredi 7 octobre l’AKP de Recep Tayyip Erdogan. Ce ralliement fait basculer le dernier grand bastion de l’opposition. Des manifestations ont éclaté à Izmir pour réclamer sa démission.
Le maire d’Izmir a officiellement rejoint le parti présidentiel turc. Cemil Tugay, élu en 2024 avec 48,97 % des voix sous l’étiquette du CHP, a fait défection mercredi 7 octobre. Recep Tayyip Erdogan a annoncé ce ralliement lors d’une réunion du groupe parlementaire de l’AKP à Ankara. La scène, retransmise en direct à la télévision, s’est déroulée dans une ambiance quasi festive. Cette décision fait basculer Izmir, troisième ville du pays, sous le contrôle de l’AKP. C’est la première fois que le parti islamiste-conservateur dirige cette métropole côtière. Tugay avait quitté le CHP en juin 2026 avant de siéger comme indépendant. « Nous nous mettons en route pour remettre Izmir sur pied », a-t-il déclaré après avoir reçu des mains d’Erdogan l’insigne du parti.
Une vague de ralliements et de mises sous tutelle
Ce ralliement s’inscrit dans une stratégie plus large. Depuis les municipales de 2024, environ 90 mairies sont passées sous le contrôle de l’AKP. Au moins 17 maires d’opposition ont changé de camp avant Tugay, selon le site Medyascope. D’autres ont été mis sous tutelle après l’incarcération de leur édile, souvent pour des accusations de « terrorisme ». « C’est la continuation de la stratégie de l’AKP pour inverser sa défaite de 2024 par la force et la répression », dénonce l’analyste Berk Esen. Le chef du CHP, Özgür Özel, a accusé l’AKP d’avoir exercé « des pressions et des menaces de prison » sur Tugay pour le contraindre à changer de camp.
L’opposition sous pression
Le ralliement de Cemil Tugay est un nouveau coup dur pour l’opposition turque. Le CHP, principal parti d’opposition, fait face à une répression croissante. Des centaines de maires, d’élus et de militants sont poursuivis en justice. Des observateurs jugent ces procédures politiquement motivées. Des manifestations ont éclaté à Izmir après l’annonce. Des centaines de personnes ont défilé pour réclamer la démission du maire. « Izmir n’est la propriété politique de personne », a réagi le CHP dans un communiqué. La ville, bastion laïc et social-démocrate depuis des décennies, symbolise la résistance à l’AKP.
Aristide HAZOUME