Politique

Cameroun : Le Parlement autorise une prolongation illimitée du mandat des élus locaux

Ce mardi 31 mars 2026, l’hémicycle de Yaoundé est le théâtre d’un tournant législatif majeur. Les députés votent aujourd’hui un projet de loi modifiant l’article 170 du code électoral, ouvrant la voie à une prorogation sans précédent du mandat des conseillers municipaux.

Déjà adopté en commission par 16 voix contre 2, le texte offre désormais au chef de l’État la possibilité de prolonger le mandat des élus municipaux de manière illimitée. Jusqu’ici, cette prérogative était strictement encadrée et limitée à une période de dix-huit mois. Pour l’opposition, représentée par Adamou Koupit (UDC) et Cabral Libih (PCRN), la pilule est amère. Le député Koupit ne cache pas sa déception face à ce qu’il qualifie de « recul de la démocratie » : « On vient de donner au chef de l’État un chèque en blanc pour qu’il proroge ce mandat jusqu’à l’infini ! » s’insurge-t-il, dénonçant une manipulation pure et simple du code électoral.

Du côté de la majorité présidentielle (RDPC), on joue la carte du pragmatisme. Pour Jean-Baptiste Atemengue, maire de Ngoumou, cette décision s’inscrit dans une « suite logique » après la prolongation déjà actée du mandat des députés. Les arguments avancés par la majorité sont  :Économies budgétaires : Organiser les législatives et les municipales simultanément réduit les coûts ; Logistique politique : Facilite la gestion des investitures pour les partis.

Toutefois, même au sein des alliés du pouvoir, des voix nuancées s’élèvent. La députée Douvaouissa Aissa (UNDP) regrette que cette réforme se limite à la prorogation, sans aborder les failles d’un code électoral qui alimente les crises post-électorales. Si la pratique de la prorogation est devenue une tradition au Cameroun depuis 2002, le passage à un caractère « illimité » inquiète la société civile. Le Dr Hilaire Kamga, expert en questions électorales, y voit une étape inquiétante vers une forme de « confiscation » du calendrier électoral par l’exécutif. Désormais, le sort des communes ne dépend plus des urnes à date fixe, mais d’un futur décret présidentiel qui viendra acter, selon le bon vouloir du sommet de l’État, la durée réelle de ce maintien en fonction.

Secondine GOZINGAN

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