Maroc : À Tanger et Kénitra, les gigafactories changent la vie
Dans les zones industrielles du nord du Maroc, une petite révolution silencieuse est en marche. Les investissements dans les véhicules électriques ne sont pas que des chiffres : ce sont des emplois, des formations, des familles qui voient l’avenir autrement. La Chine a ouvert la danse avec 6 milliards de dollars, mais d’autres suivent.
Une enquête de Business Insider Africa révèle que la Chine a investi 6 milliards de dollars pour faire du Maroc une plaque tournante des véhicules électriques, avec une gigafactory de batteries à 1,3 milliard de dollars. Le Stimson Centre confirme l’intégration dans la « Belt and Road » verte. Mais les autorités marocaines insistent : le royaume n’est pas une simple succursale.
Sur le terrain, la réalité est plus nuancée
Six milliards de dollars, c’est abstrait. En revanche, ce qui est concret, c’est la nouvelle ligne de bus qui relie Kénitra à la gigafactory, les affiches « Recrutement » en plusieurs langues, et ces jeunes ingénieurs marocains qui apprennent à assembler des batteries dernière génération. « Avant, on partait en Europe. Maintenant, l’usine est à vingt minutes de chez moi », raconte Youssef, 24 ans, fraîchement embauché. Les zones industrielles de Tanger et Kénitra deviennent des cathédrales modernes. Des milliers d’emplois directs et indirects sont créés. Les autorités locales misent sur les transferts de technologie : des centres de formation ouvrent en partenariat avec des universités chinoises, mais aussi européennes. L’écosystème des véhicules électriques attire des sous-traitants marocains, des start-up logistiques, des services de maintenance.
À Tanger, un fournisseur européen de connectiques pour batteries annonce une extension. Aux alentours de Kénitra, des terrains sont réservés pour des usines américaines et sud-coréennes. « On ne dépendra pas d’un seul pays », confie un responsable local. La stratégie est claire : faire du Maroc une plateforme où tout le monde investit Chinois, Européens, Américains. Pour les habitants, cela signifie des emplois plus sûrs et une compétitivité à long terme. Les commerçants des environs voient la manne : restaurants, logements, transports. « Avant, c’était calme. Maintenant, on travaille jour et nuit », sourit un caféier de Kénitra. À l’horizon 2030, avec la Coupe du monde, la visibilité internationale du Maroc devrait amplifier ce mouvement. Le royaume mise sur ces investissements pour créer une véritable classe moyenne industrielle sans mettre tous ses œufs dans le même panier.
Loin des sommets géopolitiques, c’est dans le bitume des zones industrielles que se joue l’avenir des Marocains. Les gigafactories ne produisent pas seulement des batteries : elles produisent de l’espoir et une leçon de diversification maîtrisée.
Aristide HAZOUME





