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Centrafrique : François Bozizé jugé pour crimes contre l’humanité

La Cour pénale spéciale (CPS) de Bangui a ouvert, mardi 3 juin, le procès historique de l’ancien président François Bozizé. Mais, il a été poursuivi pour crimes contre l’humanité. Jugé en son absence, l’ex-chef d’État centrafricain, en exil en Guinée-Bissau, est accusé d’exactions commises entre 2009 et 2013. Ce procès marque une étape décisive dans la quête de justice pour des milliers de victimes et constitue un test majeur pour la crédibilité de la justice transitionnelle en République centrafricaine.

Un procès inédit devant la Cour pénale spéciale

La Cour pénale spéciale (CPS) a entamé les audiences du procès de François Bozizé, âgé de 79 ans, jugé par contumace. L’ancien président, qui vit en exil en Guinée-Bissau depuis mars 2023, n’a pas été extradé vers Bangui en dépit d’un mandat d’arrêt international émis en 2024. Son absence ne suspend pas le cours de la justice : les juges examinent les charges pour crimes contre l’humanité visant la période 2009-2013, avec des faits localisés à Bangui, Bouar et Bossembélé.

Le dossier judiciaire porte notamment sur des violences systématiques perpétrées dans une prison civile ainsi que dans un centre d’instruction militaire de Bossembélé. Les accusations englobent des meurtres, des disparitions forcées, des actes de torture, des viols et d’autres traitements inhumains. Outre l’ancien chef de l’État, trois anciens responsables militaires Eugène Barret Ngaïkosset, Vianney Semndiro et Firmin Junior Danboy comparaissent devant la juridiction, tous actuellement détenus en République centrafricaine.

Une juridiction hybride au cœur de la lutte contre l’impunité

Instaurée en 2015, la CPS incarne une innovation judiciaire majeure en Afrique centrale. Juridiction hybride composée de magistrats centrafricains et internationaux, elle est compétente pour juger les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et les génocides perpétrés sur le territoire national depuis 2003.

Dans le cadre de ce procès, les magistrats estiment détenir des éléments probants pour engager la responsabilité pénale de François Bozizé en tant que supérieur hiérarchique et chef militaire. Arrivé au pouvoir par un coup d’État en 2003, l’ancien président a été renversé en 2013 par la coalition rebelle Séléka. Cette chute a précipité le pays dans une guerre civile dévastatrice, faisant des milliers de morts et exposant des populations civiles à des violences inouïes, imputées à divers groupes armés.

Un rendez-vous crucial pour la mémoire et la justice centrafricaine

Ce procès, attendu par les associations de défense des droits humains, revêt une importance symbolique et juridique exceptionnelle pour les victimes, longtemps privées de reconnaissance judiciaire. Il constitue également un nouveau test pour la résilience de l’appareil judiciaire centrafricain et la volonté politique de lutter efficacement contre l’impunité. Les débats, qui devraient durer plusieurs semaines à Bangui, seront scrutés par la communauté internationale et pourraient redéfinir les équilibres mémoriels du pays.

Aristide HAZOUME 

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