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Mali : Le journaliste Youssouf Sissoko condamné à deux ans de prison ferme

La sentence est tombée ce 23 mars 2024. Le tribunal du pôle national de lutte contre la cybercriminalité a condamné Youssouf Sissoko, directeur de la publication du journal malien L’Alternance, à une peine de deux ans de prison ferme. Cette décision, assortie d’une amende d’un million de francs CFA (environ 1 500 euros), marque un nouveau tournant dans les tensions entre les autorités et les médias privés au Mali.

L’origine de cette condamnation remonte à un article publié le 2 février dernier. Le texte, bien que signé par un collaborateur, mettait en cause les propos du chef de la junte nigérienne, Abdourahamane Tiani. L’article incriminé contestait les accusations de ce dernier visant la France, la Côte d’Ivoire et le Bénin dans l’attaque de l’aéroport de Niamey (revendiquée par l’État Islamique). L’auteur y décrivait également le Niger comme un « laboratoire pour une expérimentation politique toxique ».

Arrêté le 5 février, Youssouf Sissoko était poursuivi pour trois motifs principaux :Diffusion de fausses informations ;Atteinte à la réputation de l’État ;Insulte à l’égard d’un chef d’État étranger. Pour le secteur de la presse malienne, ce verdict est un signal alarmant. Boubacar Yalkoué, président de l’Association des éditeurs de presse privée (ASSEP), a d’ores et déjà annoncé l’intention de la défense de faire appel.

« Cette décision judiciaire crée un précédent dangereux susceptible de fragiliser davantage les organes de presse », a déclaré l’ASSEP dans un communiqué de presse. L’organisation dénonce un « recul préoccupant de la liberté d’expression » et appelle les journalistes à rester solidaires pour défendre les acquis démocratiques.

Au-delà des frontières maliennes, l’ONG Reporters sans frontières (RSF) a n réagi, qualifiant la situation de « violation grave de la liberté de la presse ». Sabibou Marong, directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF, pointe du doigt l’utilisation détournée de la loi sur la cybercriminalité pour museler les voix critiques. Cette condamnation intervient dans un contexte régional complexe où la coopération entre les juntes du Mali, du Niger et du Burkina Faso se traduit également par une surveillance accrue de la parole publique et médiatique.

Secondine GOZINGAN 

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