Ebola en RDC : La grève des soignants plonge Bunia
À Bunia, épicentre de l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo, les agents de santé sont en grève. Ils dénoncent des mois de salaires impayés, alors que la maladie a déjà fait plus de 750 morts et que la propagation s’accélère. Une mobilisation qui fragilise encore davantage une riposte déjà à bout de souffle.
Des soignants en colère, des malades en danger
Mercredi 14 juillet, les agents de santé de Bunia ont débrayé. Leur mot d’ordre : pas de salaire, pas de soins. Depuis plus de deux mois, ils n’ont reçu aucune rémunération, malgré des conditions de travail éprouvantes et un risque permanent de contamination. Devant l’hôpital général de référence, des barricades ont été érigées. Sur les pancartes, des messages clairs : « Nous soignons, mais qui nous soigne ? » ou encore « Payez nos primes de risque ». Les grévistes, en blouses blanches, refusent de regagner leurs postes tant que leurs revendications ne sont pas entendues.
Jeannine Anyie, hygiéniste, témoigne : « On nous demande de sauver des vies, mais nous-mêmes, on ne peut même pas nourrir nos familles. Cela fait deux mois qu’on travaille sans un centime. Et les primes de risque, on n’en parle même pas. » Un cri du cœur partagé par des centaines de soignants, épuisés et méprisés.
Cette mobilisation fait écho à un mouvement similaire survenu à Rwampara, une zone également touchée par l’épidémie. Là-bas aussi, la colère gronde. Mais cette fois, c’est Bunia, ville clé de la riposte, qui est paralysée.
Des chiffres alarmants et une épidémie qui s’emballe
Selon le ministère congolais de la Santé, le bilan ne cesse de s’alourdir. Au 14 juillet, on dénombrait 2 011 cas confirmés et 754 décès. 753 patients restent hospitalisés ou en isolement, tandis que 366 personnes ont été déclarées guéries. Déclarée le 15 mai dernier, cette épidémie est causée par la souche Ebola Bundibugyo, pour laquelle il n’existe aucun vaccin homologué. Un défi supplémentaire pour les équipes médicales, déjà en sous-effectif.
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) tire la sonnette d’alarme : près de 80 % des nouveaux cas proviennent de chaînes de transmission inconnues. Autrement dit, le virus circule dans l’ombre, loin des radars des équipes de surveillance. Le taux de suivi des contacts, indicateur clé de la riposte, reste dangereusement bas : seulement 67 % des personnes exposées sont localisées et suivies. Une faille béante qui permet au virus de se propager silencieusement, de village en village, de marché en marché.
Une riposte débordée, des populations désemparées
Les autorités sanitaires l’admettent : la propagation dépasse aujourd’hui les capacités de réponse. Les mouvements de population, le manque de financements et les retards de paiement des salaires créent un cercle vicieux où l’urgence sanitaire côtoie la détresse sociale. Devant l’hôpital de Bunia, des habitants sont venus soutenir les grévistes. « Ils risquent leur vie chaque jour. Ils méritent d’être payés dignement », lance un commerçant du quartier. La population, elle-même victime de l’insécurité et de la pauvreté, comprend la colère des soignants, mais redoute aussi les conséquences d’un arrêt des soins.
L’OMS et plusieurs partenaires internationaux appellent à un renforcement immédiat des moyens humains, financiers et logistiques. Sans une action rapide, cette épidémie, déjà l’une des plus graves jamais enregistrées pour la souche Bundibugyo, risque de devenir incontrôlable.
Entre une épidémie meurtrière et une crise sociale profonde, la RDC joue une partie décisive. À Bunia, la grève des soignants n’est pas qu’un conflit salarial : c’est le symptôme d’un système de santé à l’agonie, abandonné par ses propres dirigeants. Et tant que les soignants ne seront pas payés, c’est tout le pays qui risque de payer le prix du sang.
Aristide HAZOUME





