Le Premier ministre espagnol a dissous le Parlement lundi 5 octobre 2026. Ce scrutin surprise intervient après le rejet vendredi de ses décrets sur le logement et une vague de manifestations nationales.
Un pari politique après un revers parlementaire
Pedro Sánchez a annoncé sa décision lundi matin depuis le palais de la Moncloa. Il a convoqué un Conseil des ministres extraordinaire pour dissoudre les chambres. Le scrutin se tiendra le dimanche 29 novembre 2026, plusieurs mois avant le terme prévu. « Pour mener en profondeur les réformes, nous devons obtenir une majorité bien plus large », a-t-il déclaré. Ce coup de poker fait suite à un échec cuisant au Congrès. Vendredi 2 octobre, les députés ont rejeté ses deux décrets-lois sur le logement. Le premier texte a été rejeté par 178 voix contre 172. Le second par 184 voix contre 166. Le gouvernement socialiste, minoritaire, n’arrivait plus à faire adopter ses initiatives.
L’affaire Maricarmen Abascal embrase le pays
La crise du logement a atteint son paroxysme avec l’expulsion de Maricarmen Abascal, une Madrilène de 87 ans. Elle vivait depuis 70 ans dans son appartement du quartier Retiro, loué environ 500 euros par mois. Une société d’investissement a racheté son logement et augmenté le loyer de 275 %, pour le porter à 2 650 euros. La retraitée a été évacuée sur une civière et hospitalisée. Son cas a déclenché des manifestations monstres dans toute l’Espagne. À Madrid, le rassemblement a réuni entre 25 000 et 300 000 personnes. Un campement de militants s’est installé sur la Puerta del Sol, quinze ans après le mouvement des Indignés. Le loyer moyen en Espagne atteignait 15,1 euros par mètre carré en août 2026, en hausse de 5,8 % sur un an.
Un rapport de force défavorable pour la gauche
Pedro Sánchez se positionne « contre les élites » et du côté du peuple. Mais les sondages lui sont défavorables. Le Parti populaire (PP) d’Alberto Núñez Feijóo est crédité d’environ 33 % des voix. Le PSOE ne recueillerait que 26 %, contre 31,7 % en 2023. Le parti d’extrême droite Vox atteint 18 %, contre 12 % il y a trois ans. PP et Vox pourraient totaliser environ 203 sièges, bien au-delà des 176 nécessaires pour gouverner. Feijóo a salué cette élection comme une chance de « reconstruction nationale ». Le Premier ministre sortant est aussi affaibli par des scandales de corruption visant son épouse, son frère et des proches du PSOE.
Aristide HAZOUME