Guinée : Bah balaie le piège de la dette chinois
Le Premier ministre guinéen, Amadou Oury Bah, a rejeté ce mercredi à Dalian (Chine) la théorie du « piège de la dette ». Pour lui, les difficultés économiques africaines relèvent avant tout d’un manque de gouvernance. Il a appelé les États du continent à transformer les financements extérieurs en véritables moteurs de développement.
Le problème n’est pas le prêteur, mais l’usage des fonds
Amadou Oury Bah a fermement récusé les critiques visant la coopération avec la Chine. « La Chine n’est pas un prédateur. Les déséquilibres naissent souvent de nos propres choix de gestion », a-t-il martelé en marge de la 17ᵉ réunion annuelle des « Nouveaux Champions », le « Davos de l’été » organisé par le Forum économique mondial.
Selon lui, les partenariats Nord-Sud ou Sud-Sud ne sont pas intrinsèquement dangereux. Leur succès dépend des réformes internes et de la rigueur budgétaire des pays bénéficiaires. « Aucun partenaire extérieur ne se substituera à nos responsabilités nationales », a-t-il insisté. Le chef du gouvernement guinéen estime que le discours sur l’endettement excessif simplifie une réalité plus complexe. Il pointe du doigt les défis de transparence et les faiblesses administratives qui plombent la rentabilité des investissements.
À Dalian, un plaidoyer pour une coopération « gagnant-gagnant »
Devant un parterre de décideurs économiques, Amadou Oury Bah a exhorté ses pairs africains à plus de discernement. Il a rappelé que les infrastructures, les transports et l’énergie, financés par Pékin, offrent des leviers de croissance inédits. Mais ces atouts ne portent leurs fruits qu’avec une gestion publique irréprochable. « Croire qu’un bailleur de fonds résoudra nos problèmes structurels est une illusion. Les réformes nationales sont le socle de toute prospérité durable », a-t-il déclaré. La Guinée, riche en bauxite, poursuit activement sa coopération avec Pékin. Conakry entend toutefois recentrer les accords vers des projets productifs, créateurs d’emplois et de valeur ajoutée locale. L’objectif affiché est double : attirer les capitaux tout en musclant les mécanismes de contrôle pour éviter les dérives budgétaires.
La Chine, un partenaire incontournable sous surveillance
Si la Chine demeure le premier créancier bilatéral de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, l’envolée des dettes publiques alimente un débat international houleux. Des organisations comme le FMI appellent régulièrement à une restructuration des prêts et à une meilleure évaluation des risques. En rejetant l’étiquette du « piège », Bah ne nie pas les périls. Il met plutôt l’accent sur la responsabilité première des États.
Pour lui, la solution ne réside pas dans le rejet des capitaux chinois, mais dans la modernisation de l’État et la sécurisation des concessions minières et portuaires. Les autorités guinéennes promettent désormais une traçabilité accrue des fonds alloués aux grands chantiers. Une manière de rassurer les créanciers et de prouver que Conakry a tiré les leçons des crises de gestion passées.
Aristide HAZOUME





