Politique

Pérou : Keiko Fujimori élue présidente

La candidate conservatrice Keiko Fujimori est élue présidente du Pérou avec 50,13 % des suffrages, selon les résultats définitifs publiés par l’Office national des processus électoraux (ONPE). Une victoire étriquée qui scelle le retour du fujimorisme au pouvoir, vingt-six ans après la chute de son père, dans un pays miné par une polarisation politique extrême.

Keiko Fujimori remporte la présidentielle péruvienne avec 50,13 % des voix

L’Office national des processus électoraux (ONPE) a confirmé, lundi 29 juin, la victoire de Keiko Fujimori au second tour de l’élection présidentielle. La candidate du parti Force populaire devance son adversaire de gauche, Roberto Sánchez, par 50,13 % des voix contre 49,87 %. L’écart, d’environ 50 000 bulletins sur plus de 18 millions de suffrages exprimés, est l’un des plus faibles de l’histoire démocratique du pays. À 51 ans, la fille de l’ancien président Alberto Fujimori (1990-2000) atteint enfin la magistrature suprême, après trois échecs cuisants en 2011, 2016 et 2021. Son accession au palais de Pizarro signe le retour en grâce d’une famille politique longtemps clivante, plus de deux décennies après la fin du mandat controversé de son père, aujourd’hui âgé de 87 ans.

Une victoire sous haute tension

Ce scrutin historique intervient dans un climat social et politique explosif. Près de la moitié des électeurs, principalement dans les régions andines et rurales, ont massivement voté pour le candidat de gauche. Roberto Sánchez, qui refuse toujours de reconnaître sa défaite, réclame l’annulation des votes des Péruviens établis à l’étranger, qu’il accuse d’avoir été entachés d’irrégularités. L’ONPE rejette ces accusations et confirme la validité du scrutin, jugeant les résultats définitifs et incontestables.

Cette présidentielle était censée mettre un terme à une crise institutionnelle sans précédent. Depuis 2016, le Pérou a connu huit présidents successifs, victimes de destitutions, de démissions forcées et de mouvements de rue, plongeant le pays dans une instabilité chronique.

Les défis colossaux d’une présidente fragilisée

La passation de pouvoir est prévue le 28 juillet avec le président par intérim, José María Balcázar. Keiko Fujimori prendra les rênes d’une nation confrontée à une triple urgence : restaurer la confiance dans des institutions exsangues, relancer une économie fragilisée et apaiser les profondes fractures sociales révélées par ce scrutin. Ancienne députée et cheffe de file de Force populaire, diplômée en administration aux États-Unis, elle avait été propulsée sur le devant de la scène à seulement 19 ans, en occupant le rôle de Première dame après le divorce de ses parents, durant la présidence de son père. Un passé qui continue de hanter sa carrière politique, entre héritage ambigu et promesses de renouveau.

La nouvelle cheffe de l’État devra désormais convaincre au-delà de son camp. Dans un pays coupé en deux, sa capacité à tendre la main à l’opposition et à répondre aux attentes des plus défavorisés sera déterminante pour la stabilité du Pérou des prochaines années.

Aristide HAZOUME 

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