Italien : Quatre étrangers exécutés pour impayés de déplacement
Quatre ouvriers agricoles migrants ont été tués en Calabre. Deux suspects ont été arrêtés. Ce drame relance le débat sur le « caporalato », un système d’exploitation qui continue de toucher des milliers de travailleurs étrangers en Italie.
Quatre ouvriers meurent brûlés dans un véhicule
Le drame s’est produit le 1er juin 2026 à Corigliano-Rossano, en Calabre. Quatre travailleurs agricoles migrants ont péri dans un véhicule incendié. Les victimes étaient trois Afghans et un Pakistanais. Les enquêteurs ont rapidement identifié deux suspects pakistanais. Ils sont accusés d’avoir provoqué l’incendie mortel. L’enquête s’appuie sur le témoignage d’un survivant afghan, qui a réussi à s’échapper par une fenêtre. Des caméras de surveillance ont également enregistré une partie des faits.
Selon les premiers éléments, les suspects auraient versé de l’essence dans l’habitacle, puis bloqué les portières avant d’allumer le feu.
D’après le survivant, les victimes subissaient des pressions financières : les contremaîtres réclamaient de l’argent pour le transport vers les exploitations agricoles. Faiblement rémunérés, les ouvriers ne pouvaient plus payer ces sommes. Ils travaillaient dans des conditions particulièrement précaires.
Le « caporalato », une exploitation toujours enracinée
Cette affaire remet en lumière le phénomène du « caporalato ». Ce système repose sur des intermédiaires recrutant une main-d’œuvre vulnérable. Les travailleurs sont souvent employés sans contrat ni protection sociale. Dans plusieurs régions agricoles italiennes, ces réseaux imposent des salaires très bas et contrôlent également le transport et l’hébergement des ouvriers. Selon les organisations syndicales italiennes, une grande partie des travailleurs concernés reste employée illégalement. Pour lutter contre cette exploitation, l’Italie a renforcé son arsenal juridique : les employeurs reconnus coupables risquent désormais de lourdes sanctions pénales. Cependant, les autorités manquent encore de moyens de contrôle. Les inspections restent insuffisantes face à l’ampleur du phénomène.
L’exploitation des migrants dépasse d’ailleurs le secteur agricole. Le textile, la logistique et le bâtiment sont également touchés.
À Milan, une enquête vise un dirigeant du secteur de la construction, soupçonné d’avoir employé clandestinement des centaines de travailleurs étrangers. Selon le parquet, ces ouvriers auraient travaillé pour des salaires dérisoires, avec de longues journées de travail. Le quadruple meurtre de Calabre illustre ainsi la persistance d’un système dénoncé depuis plusieurs années par les syndicats, les magistrats et les organisations de défense des droits humains.
Aristide HAZOUME





