Alors que le bilan humain s’alourdit après des pluies torrentielles dévastatrices, une vive polémique éclate à Nairobi. Entre accusations de corruption immobilière, manque de planification urbaine et reproches d’incivisme envers la population, les autorités et la société civile se renvoient la responsabilité d’un désastre qui frappe prioritairement les plus vulnérables.
Face à la colère qui gronde dans les rues de Nairobi après la mort de 49 personnes, le gouverneur Johnson Sakaja a choisi la contre-attaque. Pointé du doigt pour une gestion de crise jugée défaillante, l’édile refuse d’assumer seul le poids du drame.
Il pointe du doigt ce qu’il qualifie d’ indiscipline des habitants. Selon lui, la gestion des déchets ménagers est au cœur du problème : les ordures jetées illégalement boucheraient les systèmes d’évacuation, rendant les infrastructures inopérantes malgré un investissement annuel de 6 milliards de shillings (environ 40 millions d’euros) dans la collecte. Cependant, ce discours peine à convaincre les acteurs humanitaires et l’opposition, qui voient dans ces inondations la conséquence d’un mal plus profond .
Ahmed Idris, Secrétaire général de la Croix-Rouge kényane, souligne que l’absence de planification a conduit à construire directement sur le passage naturel des eaux.
Le député d’opposition Babu Owino va plus loin en dénonçant un système de pots-de-vin qui permettrait l’approbation de chantiers dans des zones non constructibles.
Comme souvent lors de catastrophes naturelles, la fracture sociale s’accentue. Ce sont les habitants des quartiers informels qui paient le tribut le plus lourd. En bloquant le mouvement naturel des eaux par des constructions en amont ou sur les lits des rivières, la ville a créé un piège mortel pour ses populations les plus précaires, dont les habitations sont balayées par les crues.
Secondine GOZINGAN