Société

Pénurie de carburant : La Russie à court d’essence

La Russie fait face à une pénurie de carburant qui s’étend désormais à près de 95 % du territoire. Les frappes ukrainiennes contre plusieurs raffineries perturbent durablement l’approvisionnement, provoquant des files d’attente interminables dans les stations-service de Moscou et des mesures de rationnement en régions. Le Kremlin étudie plusieurs solutions d’urgence, dont le retour d’un carburant polluant interdit depuis 2013, pour limiter les conséquences économiques et logistiques de cette crise.

Une crise qui gagne tout le territoire

Les difficultés d’approvisionnement touchent désormais l’immense majorité du pays, y compris la capitale. Aux stations-service de Moscou, les files d’attente s’allongent chaque jour, et les automobilistes peinent à trouver de l’essence comme du diesel. La situation est particulièrement critique dans la région de Krasnodar, importante zone agricole où la demande explose en pleine période de récoltes estivales. Les habitants de la Crimée voisine s’y rendent également pour s’approvisionner, accentuant encore les tensions sur les stocks disponibles.

En Sibérie, plusieurs autorités locales ont déjà pris des mesures exceptionnelles. En Yakoutie, les ventes sont désormais limitées à 30 litres d’essence et 200 litres de diesel par véhicule, et le remplissage de bidons supplémentaires est strictement interdit. Dans la région d’Irkoutsk, le gouverneur Igor Kobzev a placé le territoire en « alerte renforcée » pour prévenir une aggravation de la crise.

Des mesures d’urgence pour contenir la panique

Face à l’ampleur du phénomène, les autorités locales multiplient les initiatives. Les entreprises sont encouragées à développer le télétravail pour réduire les déplacements. Des toilettes mobiles ont même été installées à proximité des longues files d’attente, signe que la pénurie s’inscrit désormais dans la durée. Par ailleurs, les forces de l’ordre intensifient les contrôles pour lutter contre le marché noir. Plusieurs personnes ont déjà été interpellées pour revente illégale de carburant, un trafic qui prospère dans ce contexte de pénurie.

La crise affecte désormais de plein fouet plusieurs secteurs économiques. Les compagnies de transport, les taxis et les entreprises logistiques subissent une hausse brutale de leurs coûts d’exploitation. Les petites entreprises, déjà fragilisées par la récente hausse de la fiscalité, sont les plus exposées à ces difficultés d’approvisionnement. Certains transporteurs commencent à alerter sur des risques de rupture dans les chaînes d’approvisionnement si la situation persiste au-delà de quelques semaines.

Le Kremlin cherche des solutions, y compris controversées

Pour tenter de stabiliser le marché, le Kremlin confirme mener des discussions avec plusieurs pays en vue d’importer du carburant, sans toutefois dévoiler les noms des partenaires envisagés. Selon le quotidien économique Kommersant, Moscou étudie également le retour temporaire du carburant E2, interdit depuis 2013 en raison de sa forte teneur en soufre et en benzène. Moins coûteux à produire car nécessitant un raffinage moins poussé, il pourrait soulager les tensions à court terme. Mais son utilisation soulève de sérieuses préoccupations environnementales et techniques, d’autant que la Russie s’était engagée ces dernières années à améliorer la qualité de ses carburants.

Les autorités espèrent ainsi limiter les tensions sur le marché intérieur en attendant le rétablissement des capacités nationales de raffinage, lourdement endommagées par les frappes ukrainiennes. Mais le temps presse : l’hiver approche, et la demande en carburant domestique risque d’augmenter encore.

Aristide HAZOUME 

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