Riche en pétrole, la Libye subit une paralysie énergétique. Pénuries de carburant et coupures d’électricité plongent la population dans une crise paradoxale. Entre corruption, contrebande et gestion chaotique, le pays paie le prix de ses défaillances institutionnelles.
La Libye traverse une crise énergétique sans précédent. Ce paradoxe frappe un pays aux réserves prouvées de 48 milliards de barils . La production atteint pourtant 1,5 million de barils par jour . Mais les raffineries locales restent insuffisantes. Le pays importe donc 70 % de ses besoins en carburant . La facture a atteint 7,87 milliards de dollars en 2025 . Les coupures d’électricité paralysent commerces et ménages.
Slimane Fitouri, épicier à Tripoli, témoigne : « Les réfrigérateurs sont tombés en panne. » Ses denrées périssables s’avarient faute de courant. Comme lui, des milliers de Libyens subissent une chaleur accablante sans climatisation.
La contrebande, fléau du système
Pour Bechir Jouini, chercheur, le problème est structurel. « Une grande partie du carburant n’atteint pas les centrales électriques » . Les réseaux de contrebande détournent les livraisons vers l’étranger ou le marché parallèle. En 2025, le déficit de liquidités a atteint 3,8 milliards de dollars . Les mécanismes de paiement par troc avec la Banque centrale aggravent la crise. Le prix du carburant reste parmi les plus bas du monde, encourageant les trafics .
Des files d’attente interminables
Abdeslam Zarti, habitant de Tripoli, raconte : « On patiente toute une journée pour 10 ou 15 litres » . Les stations-service de l’ouest libyen sont prises d’assaut. L’envoyé de l’ONU lie cette crise aux défaillances institutionnelles. La corruption et l’absence de gouvernance plombent un secteur pourtant stratégique. La Libye, pays pétrolier, peine à éclairer ses citoyens.
Aristide HAZOUME