Comores : La polémique des mariages en semaine divise toujours l’archipel
Aux Comores, une circulaire du ministère de l’Intérieur continue d’alimenter un vif débat national. En interdisant désormais les cérémonies coutumières pendant les heures de travail, le gouvernement entend enrayer l’absentéisme chronique dans l’administration. Si l’exécutif justifie cette mesure par la nécessaire continuité du service public, elle se heurte à une opposition farouche de la population et à la méfiance des syndicats. Les autorités assurent néanmoins qu’il ne s’agit pas d’une prohibition des grands mariages, mais d’un simple encadrement horaire.
Une mesure préventive contre l’absentéisme dans la fonction publique
Le ministère de l’Intérieur a adressé une circulaire aux préfets et aux maires de l’archipel. Ce texte interdit formellement toute manifestation coutumière durant les heures ouvrables, soit du lundi au jeudi de 8 h à 17 h, et le vendredi de 8 h à 12 h. Selon le gouvernement, cette restriction vise à protéger la continuité du service public, régulièrement perturbée par l’organisation de grandes cérémonies. Les autorités estiment que ces événements sont à l’origine de nombreuses absences injustifiées au sein de l’administration. Le ministre Mohamed Ahmed Assoumani a d’ailleurs souligné que les sanctions disciplinaires, jusqu’ici jugées insuffisantes, ne parvenaient pas à endiguer le phénomène. Désormais, l’exécutif privilégie une approche préventive pour lutter contre l’absentéisme.
Une décision qui attise la colère des familles et des syndicats
La circulaire ne tarde pas à enflammer les esprits dans l’ensemble du pays. De nombreuses familles, qui préparent ces cérémonies des mois à l’avance, refusent catégoriquement de bouleverser leurs plans, d’autant plus que plusieurs d’entre elles attendent des proches venus spécialement de l’étranger. À l’image de Daoud Halifa, futur marié, certains affirment haut et fort qu’ils maintiendront leur mariage, quitte à défier l’autorité de l’État, qu’ils jugent déjà affaiblie par cette décision.
Les syndicats, bien que conscients de la nécessité de réformer l’administration, contestent le lien direct établi entre les mariages et l’absentéisme. Ibrahim Omar, secrétaire général de la Confédération des travailleurs comoriens, estime que le vrai problème réside avant tout dans le manque de discipline au sein même de certains services publics. Il rappelle que de nombreux agents quittent déjà leur poste sans même participer à des cérémonies, ce qui relativise, selon lui, l’efficacité de la mesure.
Le gouvernement campe sur sa position
Face à la levée de boucliers, le gouvernement maintient fermement sa ligne. Il précise que les grands mariages restent tout à fait autorisés après 17 heures en semaine, ainsi que durant les week-ends, et que la circulaire n’a pas vocation à entraver les traditions. Dans un souci d’apaisement, les autorités appellent la population à ne se référer qu’aux seules communications officielles, afin d’éviter toute confusion et toute interprétation erronée de cette réforme administrative.
Aristide HAZOUME





