Au Mali, l’incarcération de deux directeurs de publication suscite l’inquiétude. Reporters sans frontières (RSF) condamne des arrestations qu’elle juge arbitraires. L’organisation accuse également les autorités de détourner la loi sur la cybercriminalité afin de restreindre la liberté de la presse.
Deux journalistes placés sous mandat de dépôt
La pression s’accentue sur les médias maliens. Les journalistes Chahana Takiou et Abdrahamane Keita ont été placés sous mandat de dépôt les 8 et 9 juin derniers. Chahana Takiou dirige le journal 22 Septembre. Lors d’un forum médiatique, il avait critiqué certaines pratiques judiciaires, dénonçant notamment le non-respect du droit de la presse. Abdrahamane Keita, directeur du journal Le Témoin, avait évoqué la situation sécuritaire à Kidal lors d’un débat télévisé. Il affirmait que la ville restait sous l’influence du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et du Front de libération de l’Azawad (FLA). Depuis le 25 avril, les autorités maliennes ne sont plus présentes dans cette localité stratégique du nord du pays. Les deux journalistes sont poursuivis devant le pôle judiciaire spécialisé en matière de cybercriminalité. Les chefs d’accusation retenus incluent notamment « l’atteinte au crédit de l’État ».
RSF alerte sur la liberté de la presse
Reporters sans frontières dénonce une dégradation continue du climat médiatique malien. L’organisation estime que ces poursuites illustrent une restriction croissante de la liberté d’expression. Selon Sadibou Marong, directeur régional de RSF pour l’Afrique de l’Ouest, l’utilisation de la loi sur la cybercriminalité contre des professionnels des médias est particulièrement préoccupante. RSF souligne également le recul du Mali dans son classement mondial de la liberté de la presse, le pays ayant perdu plusieurs places ces dernières années. L’organisation rappelle que le Mali disposait autrefois d’un paysage médiatique dynamique, mais que les médias font désormais face à de nombreuses contraintes. RSF appelle les autorités de la transition à libérer les journalistes détenus et à mettre fin aux poursuites visant les professionnels des médias pour leurs activités journalistiques. Pour l’association, la protection de la liberté d’expression reste essentielle. Elle rappelle que le droit à l’information constitue un pilier fondamental de toute société démocratique.
Aristide HAZOUME