Société

Migration : La Mauritanie durcit le ton

À Nouadhibou, ville côtière du nord de la Mauritanie, des milliers de migrants attendent de tenter la traversée vers les îles Canaries. Face à cette pression migratoire, les autorités mauritaniennes renforcent leurs contrôles dans le cadre d’un accord avec l’Union européenne. Les interceptions et les expulsions augmentent fortement, selon les chiffres officiels récents.

Pression sécuritaire et baisse des départs

Les contrôles d’identité et les patrouilles côtières se sont intensifiés à Nouadhibou. Résultat : les garde-côtes signalent une forte baisse des départs vers l’archipel espagnol. En 2024, plus de 8 000 interceptions avaient été enregistrées. Ce chiffre est tombé à environ 4 300 en 2025. Sur les quatre premiers mois de 2026, seulement 126 cas ont été rapportés. Ces mesures incluent des arrestations de passeurs et des expulsions rapides de migrants, visant à dissuader les départs. La pression sécuritaire semble porter ses effets à court terme, mais soulève des questions sur son impact humanitaire.

Parcours migratoires, accords et tensions humaines

Un partenariat de 210 millions d’euros a été signé avec l’Union européenne. Cet accord vise à externaliser le contrôle des frontières migratoires vers la Mauritanie, qui devient un acteur clé de la surveillance de la route atlantique. Cependant, Human Rights Watch, dans un rapport publié en 2025, dénonce des abus graves : violences, extorsions et expulsions sommaires. Les témoignages de migrants font état d’une répression brutale, tandis que les expulsions massives concernent plusieurs dizaines de milliers de personnes en 2025. Malgré cette répression, certains migrants poursuivent leur projet de départ. Beaucoup travaillent et économisent pour financer la traversée, dont le coût atteint environ 1 200 euros par tentative. Des voix s’élèvent pour appeler à la création d’emplois locaux et de voies légales de migration, plutôt qu’à une simple logique d’interception.

Nouadhibou, carrefour stratégique sous surveillance

Nouadhibou reste un carrefour migratoire stratégique, malgré les restrictions renforcées. Les autorités maintiennent une surveillance renforcée des zones côtières sensibles, mais la pression migratoire reste intimement liée aux difficultés économiques qui traversent le continent africain. Les organisations locales appellent à une approche plus durable, combinant développement économique et protection des droits humains. Les débats politiques se poursuivent entre impératifs sécuritaires et respect des libertés fondamentales.

L’avenir de Nouadhibou dépendra des politiques migratoires et économiques régionales. Si les flux sont contenus sur cette route, ils pourraient se déplacer vers d’autres passages moins contrôlés. Les partenaires internationaux suivent de près l’évolution de la situation, tandis que les impacts sociaux restent visibles dans les quartiers de la ville. Les prochains mois seront déterminants pour l’équilibre entre contrôle migratoire et droits humains dans la région.

Aristide HAZOUME 

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