Dans un contexte de tensions sociales croissantes, le président Bassirou Diomaye Faye a officialisé ce lundi 30 mars 2026 un durcissement majeur de la législation contre les relations entre personnes de même sexe. Les peines de prison sont désormais portées à dix ans.
Adoptée à une large majorité par l’Assemblée nationale le 11 mars dernier, la nouvelle loi marque un tournant répressif au Sénégal. Le texte, publié au journal officiel ce mardi, prévoit des changements drastiques par rapport à la législation précédente . La durée d’incarcération pour “actes contre nature” passe de 5 à 10 ans d’emprisonnement; Le montant des sanctions financières explose atteignant désormais une fourchette de 2 à 10 millions de francs CFA (environ 3 048 à 15 244 euros). La loi ne réprime plus seulement l’acte, mais également la promotion et le financement de l’homosexualité. La peine maximale est systématiquement requise si l’acte implique un mineur.
Cette promulgation intervient alors que le pays traverse une période de forte agitation sociale. Depuis février, le Sénégal est le théâtre d’une série d’interpellations massives. Tout a débuté par l’arrestation de douze hommes, dont deux célébrités locales, pour “actes contre nature. Aujourd’hui, la presse nationale rapporte quotidiennement des dizaines de nouvelles arrestations. Le climat est particulièrement lourd, alimenté par des accusations virulentes, notamment à l’encontre de personnes suspectées d’avoir volontairement transmis le VIH, ce qui exacerbe les débats au sein de la société.
Pour tenter de limiter les dérives, le législateur a toutefois inclus une disposition punissant la “dénonciation abusive faite de mauvaise foi”. Une mesure qui semble dérisoire face à l’inquiétude des organisations internationales. “Cette loi bafoue les droits humains.”
Volker Türk, Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme. Au Sénégal, pays majoritairement musulman où les valeurs traditionnelles occupent une place centrale, la question de l’homosexualité est un sujet de tension récurrent. Ce nouveau tour de vis législatif semble répondre à une demande d’une partie de l’opinion publique, malgré les pressions et les condamnations de la communauté internationale pour le respect des libertés individuelles.
Secondine GOZINGAN