Trois ans après une attaque meurtrière, la Tunisie relance le pèlerinage annuel de la Ghriba à Djerba. Sous haute sécurité, les fidèles font un retour progressif, marqué par la prudence et la volonté de renouer avec la tradition.
Le pèlerinage juif à la synagogue de la Ghriba a débuté le lundi 4 mai 2026. Situé sur l’île de Djerba, haut lieu du judaïsme africain, l’événement a rassemblé une centaine de fidèles pour les premiers rites religieux. Selon René Trabelsi, responsable de la communauté juive locale, près de 200 pèlerins étrangers sont attendus. Les autorités constatent un retour progressif de la confiance, deux ans après une période marquée par l’insécurité et les tensions internationales.
D’importantes mesures de sécurité ont été déployées autour de l’aéroport, des accès à l’île et du site religieux lui-même. L’objectif est clair : rassurer les visiteurs et garantir le bon déroulement du pèlerinage.
Un retour sous surveillance après l’attaque de 2023
L’édition 2023 avait pourtant été encourageante, avec environ 7 000 participants. Mais elle s’était tragiquement achevée par une attaque armée ayant coûté la vie à deux fidèles juifs et à trois gendarmes. Depuis ce drame, les autorités tunisiennes maintiennent une vigilance maximale. Les rites religieux se sont poursuivis sans interruption à partir de 2024, mais les festivités traditionnelles, plus exposées, restent suspendues.
Le responsable du site, Perez Haddad, évoque un contexte encore sensible. « Le deuil des victimes est toujours présent, et la peur persiste chez certains fidèles », confie-t-il.
Une reprise progressive dans un climat prudent
La Ghriba est la plus ancienne synagogue d’Afrique. En temps normal, elle attire des milliers de pèlerins, venus principalement d’Europe et des États-Unis. Malgré les inquiétudes, quelques visiteurs témoignent d’un climat apaisé. Philippe Uzzan, pèlerin présent sur place, souligne « un accueil chaleureux et un sentiment de sécurité ».
Avant l’indépendance en 1956, la Tunisie comptait plus de 100 000 juifs. Aujourd’hui, la communauté n’est plus estimée qu’à environ 1 500 personnes, dont la majorité réside à Djerba. La reprise du pèlerinage reste donc progressive. Les autorités misent sur la confiance retrouvée, mais la sécurité demeure la priorité absolue pour les éditions à venir.
Aristide HAZOUME