Diplomatie

Burkina Faso : Traoré, quatre ans dans l’ombre de Sankara

Le capitaine Ibrahim Traoré achève mercredi sa quatrième année au pouvoir. Un mandat placé sous l’héritage de Thomas Sankara, mais marqué par la guerre et la répression.

Arrivé par un coup d’État le 30 septembre 2022, Ibrahim Traoré, 38 ans, dirige le Burkina Faso depuis exactement quatre ans. Soit la même durée que Thomas Sankara, figure révolutionnaire assassinée en octobre 1987. Le capitaine revendique ouvertement cet héritage. Il le présente comme sa « boussole » et le « héros de la nation ». Les deux hommes partagent le panafricanisme et la défense de la souveraineté nationale. Tous deux ont pris le pouvoir jeunes, par la force, avec le béret rouge. Les similitudes s’arrêtent toutefois là. Sankara gouvernait dans l’austérité, avec des ressources limitées. Traoré, lui, dirige un pays en guerre. Il bénéficie des revenus de l’or et de la fiscalité. « Le capitaine Traoré gouverne en économie de guerre », résume l’enseignant-chercheur Moussa Koné.

Un bilan économique sous contrôle de l’État

Le gouvernement met en avant la nationalisation des mines d’or. La production industrielle atteint 31,8 tonnes à fin juillet 2026. Une hausse de 12,8 % sur un an selon la Direction générale de l’économie. Le pays a inauguré sa première raffinerie d’or le 28 septembre 2026. Ouagadougou veut désormais transformer ses métaux localement. La croissance est attendue à 5,7 % en 2026. Mais les résultats concrets restent difficiles à vérifier de manière indépendante.

Sécurité et répression, la rupture avec Sankara

La grande différence réside dans le contexte sécuritaire. Le pays affronte une insurrection jihadiste depuis plusieurs années. Des attaques meurtrières frappent régulièrement le nord et l’est. En juillet 2026, au moins 22 soldats et supplétifs ont été tués. Le régime est accusé de dérives autoritaristes par l’Union européenne et des organisations de défense des droits humains. Des journalistes et opposants auraient été arrêtés ou enrôlés de force. Contrairement à Sankara, Traoré affirme ouvertement que le Burkina Faso n’est pas une démocratie. « La démocratie, c’est pas pour nous », a-t-il déclaré en avril 2026. Sur le plan diplomatique, Ouagadougou s’est tourné vers Moscou. Avec Bamako et Niamey, le capitaine a créé la Confédération des États du Sahel (AES). Les trois pays ont rompu avec la France et renforcé leur coopération militaire avec la Russie.

Aristide HAZOUME

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