Égypte : L’agriculture frappée par la guerre en Iran
La guerre en Iran provoque une flambée mondiale des prix agricoles. En Égypte, les petits agriculteurs subissent de plein fouet une crise économique sévère.
Hausse des coûts et baisse de production
La guerre en Iran a perturbé les marchés mondiaux de l’énergie. En Égypte, les coûts agricoles augmentent fortement depuis le début du conflit : engrais, carburant et semences enregistrent des hausses importantes. Face à cette situation, les petits agriculteurs réduisent leurs surfaces cultivées, voire abandonnent certaines cultures exigeantes comme le blé. Les récoltes deviennent insuffisantes pour couvrir les coûts de production. Dans le village de Nazlet Al-Shobak, les exploitations tournent au ralenti. Des pompes d’irrigation restent arrêtées pour économiser le carburant, et des parcelles entières sont laissées en friche. Les agriculteurs privilégient des cultures moins coûteuses, tandis que les récoltes de pommes de terre sont stockées sans garantie de vente. Sur les marchés locaux, les prix agricoles restent très instables.
Ashraf Abu Ragab, agriculteur, n’exploite plus qu’une partie de ses terres. Il a licencié ses employés à cause des coûts trop élevés et réduit de moitié sa surface cultivée. Les intrants agricoles ont presque doublé depuis le début du conflit. Le carburant reste un facteur majeur de hausse des coûts, rendant l’irrigation difficile à maintenir régulièrement. De nombreux agriculteurs adoptent des stratégies de survie, mais leurs revenus diminuent fortement dans les zones rurales. Métayer, Mohamed Ragab évoque une rentabilité devenue quasi inexistante.
Une chaîne mondiale perturbée par le conflit
Les tensions affectent le détroit stratégique d’Ormuz, passage maritime essentiel au commerce mondial, par lequel transite une grande partie des engrais et hydrocarbures. Les perturbations entraînent une flambée des prix mondiaux. L’Égypte, fortement dépendante des importations de carburant, subit de plein fouet cette hausse, aggravée par la dévaluation de sa monnaie. Le prix de l’urée atteint des niveaux record. Si les producteurs d’engrais peuvent tirer profit de la hausse mondiale, les petits agriculteurs, eux, n’ont aucune capacité d’adaptation.
Les experts alertent sur une baisse des rendements agricoles. En réduisant les intrants essentiels, certains agriculteurs changent de cultures pour limiter les pertes. La FAO confirme une pression globale sur les chaînes agricoles : les cultures de blé, de maïs et de riz sont menacées. Or, l’Égypte dépend très largement des importations de blé. Les risques alimentaires augmentent si la crise persiste. Les agriculteurs anticipent une saison difficile, et les marchés agricoles pourraient rester instables plusieurs mois encore. Les impacts de la guerre se prolongent durablement sur l’économie rurale égyptienne.
Aristide HAZOUME





