Au sud du Malawi, le lac Chilwa ne suit plus son cours naturel. Si l’eau finit toujours par revenir, elle apporte avec elle une nouvelle réalité , celle d’un écosystème fragile où l’abondance d’autrefois laisse place à une précarité durable.
Le lac Chilwa, l’un des plus grands du pays, est aujourd’hui le miroir des bouleversements climatiques qui frappent l’Afrique australe. Les cycles de sécheresse s’intensifient et se rapprochent, ne laissant plus au lac le temps de se régénérer. « L’eau est revenue, mais ce n’est plus pareil », témoignent les habitants. Ce constat amer reflète une transformation profonde de la biodiversité locale. Pour les communautés qui dépendent historiquement de la pêche, l’instabilité est devenue la norme. Deux phénomènes majeurs fragilisent les revenus .Il s’agit de l’assèchement fréquent : Les périodes où le lac disparaît totalement se multiplient, forçant l’arrêt brutal de toute activité halieutique ; Le rétrécissement des espèces : Même lorsque l’eau est présente, les poissons capturés sont de plus en plus petits, signe d’un stress écologique et d’un manque de temps pour leur croissance.
Face à l’adversité, les riverains ont développé une stratégie de survie hybride. Ils ne sont plus seulement pêcheurs, ils deviennent agriculteurs selon les caprices du niveau de l’eau. En période de retrait , dès que l’eau se retire, les terres fertiles du lit du lac sont investies pour la culture du riz et en période de crue dès que les pluies reviennent, la pêche reprend.
Cependant, cette solution reste précaire. Les terres cultivées avec effort disparaissent sous les flots dès que le lac se remplit à nouveau, emportant parfois les récoltes avant qu’elles ne soient prêtes. Cette transition constante entre terre et eau place les habitants dans une incertitude permanente, où chaque retour de l’eau est à la fois une source de vie et une menace pour leurs cultures. La situation du lac Chilwa illustre l’urgence de solutions d’adaptation au changement climatique pour ces populations dont le destin est intimement lié aux fluctuations d’un écosystème instable.
Secondine GOZINGAN