Monde Société

France : L’Éducation nationale fait grève pour sauver l’école inclusive

Ce mardi 31 mars 2026, un vent de fronde souffle sur l’Éducation nationale. Si les enseignants descendent en masse dans la rue pour exiger des revalorisations salariales et protester contre les suppressions de postes, ils ne sont pas seuls. À leurs côtés, les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) crient leur épuisement face à un système qu’ils jugent en « état de délabrement ».

En Seine-et-Marne, la situation est devenue intenable pour de nombreux professeurs. Cécile, enseignante en CE1 depuis 30 ans, témoigne d’un basculement inédit dans sa carrière. Pour la première fois, elle se rend à l’école avec la peur au ventre. « C’est la première fois que je pars le matin en me demandant comment je vais faire pour assurer la sécurité de tous les élèves », confie-t-elle. Faute d’AESH pour l’épauler avec deux élèves aux besoins spécifiques, Cécile doit gérer seule des crises violentes ou des fugues, délaissant malgré elle le reste de sa classe. Le constat est amer : l’enseignement passe au second plan derrière la gestion de l’urgence sécuritaire, au détriment des élèves en difficulté d’apprentissage.

Le manque de moyens transforme l’ambition de l’école inclusive en un véritable parcours du combattant pour les familles. Dans cette circonscription,24 postes d’AESH manquent à l’appel.
Une seule accompagnante doit s’occuper de plusieurs enfants simultanément .Les aides individuelles sont réservées aux cas jugés les plus « dramatiques ». Laure, maman d’un enfant de 5 ans privé d’accompagnement malgré une demande officielle, déplore ce traitement différencié. Si la loi de 2005 a permis d’ouvrir les portes de l’école aux enfants en situation de handicap, le manque de personnel encadrant rend cette intégration de plus en plus précaire.

Du côté de la direction académique de Seine-et-Marne, on assure que la machine s’accélère. Aline Vo Quang, directrice académique, affirme que les recrutements sont passés d’un rythme mensuel à un rythme hebdomadaire pour tenter de combler les vides. Pourtant, le problème semble plus profond que le simple recrutement. Sur les 3 700 postes budgétisés dans le département, seuls 3 500 sont occupés. « Elles travaillent dans des conditions si difficiles qu’elles craquent littéralement », explique Isabelle Gabay, élue à Savigny-le-Temple.

Pour les syndicats, la solution ne passera pas par des rustines, mais par une réforme structurelle du métier .Romain Malher, représentant de Force Ouvrière, dénonce la précarité de ces travailleuses, pour la plupart contractuelles. L’intégration dans la fonction publique pour garantir la stabilité de l’emploi .Une revalorisation salariale immédiate pour rendre le métier attractif. L’amélioration des conditions de travail pour stopper l’hémorragie des démissions. En cette journée de mobilisation, le message envoyé au ministère est sans équivoque : sans moyens humains pérennes et respectés, l’école inclusive ne restera qu’une promesse sur papier, loin de la réalité chaotique des salles de classe.

Secondine GOZINGAN

Vous aimerez peut-être aussi

Société

Journée de 8 mars : Djihene Abdellilah prône la puissance intérieure au-delà des slogans

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le message de Djihene Abdellilah  détonne par son pragmatisme et
Politique Société

Inondations à Nairobi : Le gouverneur Johnson Sakaja sous le feu des critiques

  Alors que le bilan humain s’alourdit après des pluies torrentielles dévastatrices, une vive polémique éclate à Nairobi. Entre accusations