Société

États-Unis : Expulsion de neuf migrants africains vers Cameroun

Neuf migrants africains ont été expulsés vers le Cameroun, où ils sont arrivés mercredi à l’issue d’un vol organisé depuis les États‑Unis. Cette opération s’inscrit dans un accord migratoire bilatéral controversé entre Washington et Yaoundé. Plusieurs pays africains participent à ce dispositif d’expulsions, mais les organisations de défense des droits humains dénoncent un cadre jugé opaque et potentiellement contraire au droit international.

Un troisième vol sous financement américain

Neuf migrants six femmes et trois hommes sont arrivés au Cameroun après leur expulsion des États‑Unis. Les personnes concernées viennent du Ghana, d’Angola, d’Éthiopie et du Congo‑Brazzaville. Il s’agit du troisième vol de ce type depuis janvier dernier : dix‑sept autres migrants avaient déjà été renvoyés vers le Cameroun lors des deux précédentes opérations. L’avocate Alma David a confirmé ces expulsions à l’AFP, tandis que l’avocat camerounais Joseph Awah Fru suit les dossiers à Yaoundé. Selon le New York Times, Washington finance ce programme à hauteur d’environ trente millions de dollars. Le Cameroun figure parmi plusieurs pays africains partenaires du dispositif, aux côtés du Ghana, du Rwanda, d’Eswatini et de la République démocratique du Congo.

Ces transferts concernent des migrants bloqués juridiquement aux États‑Unis, que les autorités américaines ne peuvent pas renvoyer directement vers leur pays d’origine pour diverses raisons (absence d’accord, risques de persécution, etc.). Certains migrants sont ensuite redirigés vers leur pays d’origine. Quatre personnes ont déjà été renvoyées vers le Maroc, l’Angola et le Sénégal.

Des critiques sur l’externalisation migratoire et le centre de Yaoundé

Deux femmes marocaines, qui avaient obtenu une protection judiciaire aux États‑Unis, vivent désormais dans la clandestinité, selon leurs avocats. Treize autres migrants restent dans un centre encadré à Yaoundé, géré avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Ils ont la possibilité de demander l’asile auprès des autorités camerounaises.

Human Rights Watch (HRW) critique ces accords depuis septembre dernier. L’ONG dénonce des arrangements jugés opaques et estime que ces pratiques violent le droit international, car elles exposent des personnes vulnérables à des transferts vers des pays où leurs droits ne sont pas garantis. Ce dispositif s’inscrit dans une politique américaine d’externalisation migratoire, privilégiant les accords bilatéraux avec des pays africains pour délocaliser la gestion des flux d’immigration.

Malgré les critiques persistantes notamment de la part d’avocats contestant les conditions de transfert vers des pays tiers  le programme se poursuit. Les centres d’accueil restent sous surveillance des autorités locales, et l’OIM accompagne le suivi administratif des migrants. Les procédures d’asile peuvent toujours être engagées sur le territoire camerounais. La situation reste évolutive, fonction des décisions diplomatiques futures, alors que les flux migratoires vers les États‑Unis demeurent un enjeu majeur.

Aristide HAZOUME

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