Immigration : L’Espagne boucle un programme de régularisation historique
L’Espagne clôture, ce mardi 30 juin, son opération exceptionnelle de régularisation des étrangers en situation irrégulière. Portée par le gouvernement de Pedro Sánchez, cette mesure sans précédent a suscité un afflux massif de candidatures, dépassant largement le million. Soutenu par un large spectre d’acteurs sociaux et économiques, ce dispositif place l’Espagne à contre-courant des politiques migratoires restrictives de ses voisins européens.
Un raz-de-marée de candidatures
Le couperet est tombé ce 30 juin sur le dépôt des dossiers pour ce vaste programme destiné aux migrants arrivés avant le 31 décembre 2025. Les postulants devaient, pour être éligibles, justifier d’au moins cinq mois de résidence continue sur le sol espagnol et présenter un casier judiciaire vierge. À la mi-juin, les services de l’État avaient déjà enregistré près de 900 000 requêtes, dont plus de 360 000 favorablement examinées. Le gouvernement table désormais sur un total de 1,3 million de personnes potentiellement concernées, dont une écrasante majorité originaire d’Amérique latine.
Un défi administratif colossal
Les autorités espagnoles disposent désormais d’un délai de trois mois pour instruire les dossiers restants. Chaque demande aboutira à la délivrance ou au rejet d’un titre de séjour assorti d’une autorisation de travail, valable uniquement sur le territoire espagnol. Pour autant, la procédure demeure semée d’embûches. L’obtention des justificatifs exigés, notamment le certificat de vulnérabilité et l’extrait de casier judiciaire délivré par le pays d’origine, constitue un véritable parcours du combattant. Ces lourdeurs administratives ralentissent considérablement le traitement des dossiers et pénalisent les candidats les plus précaires.
Une réforme salutaire, mais politiquement clivante
Le gouvernement de Pedro Sánchez défend cette régularisation comme une réponse pragmatique aux besoins économiques et sociaux du pays. Née d’une initiative législative populaire ayant recueilli environ 700 000 signatures, la réforme bénéficie du soutien de près de 900 associations. Ce large consensus contraste avec les vives critiques de l’opposition de droite, qui dénonce un « appel d’air » migratoire susceptible d’attirer de nouveaux flux. À l’inverse, syndicats, ONG, représentants du patronat et l’Église catholique saluent unanimement une mesure humaniste et économiquement vertueuse.
Un contre-modèle européen assumé
Cette opération intervient dans un climat politique fragile pour l’exécutif espagnol, fragilisé par des scandales et des divisions internes. Pourtant, elle s’impose déjà comme l’une des réformes phares du mandat de Pedro Sánchez. En assumant cette approche expansive, l’Espagne prend résolument le contre-pied des politiques de plus en plus restrictives adoptées par une grande partie des pays occidentaux, et bouscule les équilibres au sein de l’Union européenne.
Aristide HAZOUME





